Les Gestes de la Préhistoire

Une encyclopédie audiovisuelle pour découvrir la préhistoire

La démarche

Ni fictions, ni documentaires : Les Gestes de la Préhistoire

La singularité de l’encyclopédie audiovisuelle les Gestes de la Préhistoire (1) trouve son origine dans la rencontre de deux préhistoriens et d’un réalisateur (2). Attentifs et respectueux des problématiques de chacun, ils ont su développer ensemble une approche originale pour représenter et transmettre des réalités révolues depuis des millénaires.
Il en résulte une œuvre, rare par sa durée - 99 films entre 3 et 9 minutes chacun – qui est aussi pionnière par sa forme car elle ne reprend aucun des archétypes propres aux films de fiction et aux documentaires de télévision ; ou plutôt elle les cumule en les inversant.

S’agissant des films les Gestes de la Préhistoire, on pourrait ainsi parler de fictions parfaitement rigoureuses d’un point de vue scientifique ou de documentaires scientifiques pleinement ouverts sur l’imaginaire.

La trame de ces 99 films repose sur les expérimentations technologiques menées depuis les années 1980 par des archéologues. Leur parfaite maitrise permet aujourd’hui de restituer avec exactitude les gestes de création et d’usage d’objets techniques et artistiques apparus durant la préhistoire. S’appuyant sur ce savoir technologique, la démarche de réalisation des Gestes de la Préhistoire prend pour personnage principal, non pas l’archéologue lui-même, mais l’objet en devenir. Elle permet, sans aucun commentaire additionnel - si ce n’est à la toute fin des films - d’assister à la naissance d’un objet préhistorique qui n’était connu jusqu’alors que sous forme de vestige.

De façon délibérée, ces films n’offrent pas la possibilité de s’identifier à un personnage de fiction ou à un médiateur - qu’il soit journaliste ou préhistorien. La mise en scène doit donc impérativement provoquer l’immersion des spectateurs pour garantir leur intérêt continu.
Chaque sujet nécessite ainsi la création en studio d’un décor original. Les éléments qui le composent, structures d’habitat, foyers, mobilier, vêtements, outils, … sont minutieusement reproduits et validés scientifiquement. Même s’ils n’apparaissent qu’en arrière-plan ou sont brièvement entrevus lors de mouvements de caméra, ils concourent par leur réalisme et le souci de leurs détails, à qualifier un environnement ou un habitat, crédible selon la période à laquelle l’objet - sujet du film - est apparu.
La lumière est aussi pensée avec soin. Extrêmement précise, elle met en valeur les matières travaillées et les performances techniques des outils. Lorsque l’action se déroule à l’intérieur, la qualité de l’éclairage, dont les sources sont apparentes - foyers, torches végétales, lampes à graisse - est particulièrement évocatrice des conditions de vie. Elle est souvent privilégiée telle quelle, sans apport de lumière additionnelle, quitte à ce que certaines scènes se déroulent dans une semi-obscurité.
Les axes de prise de vues sont majoritairement situés à la hauteur des mains de la personne qui travaille. Assez rarement en caméra subjective, ils correspondent pour la plupart à la hauteur d’une personne assise, parfois à celle d’un enfant debout. Les cadrages sont pensés pour réduire la présence humaine à l’échelle symbolique des mains qui façonnent ou utilisent l’objet préhistorique.
En dehors d’un court commentaire en fin de film, la bande son est exclusivement construite à partir des sons synchrones des matières organiques et minérales travaillées.
Tout en donnant l’illusion d’une continuité temporelle, le montage, centré sur la naissance d’un objet, tisse un jeu de pistes basé sur l’observation. D’hypothèse en hypothèse nous anticipons la transformation de l’objet en devenir. Les réponses parfois visuelles, parfois sonores, sont souvent différées pour créer un effet de suspens.

Dans aucun de ces films nous ne voyons de visages de préhistoriens, mais nous sommes « dans leurs têtes », nous partageons leurs images mentales. En l’absence de tout médiateur physiquement incarné, nous accédons ainsi directement à une représentation vivante et intime des sociétés préhistoriques.

 

(1) © 2021 Pôle d’Interprétation de la Préhistoire
(2) Jean-Michel Geneste, Serge Maury et Pascal Magontier